Le blog
de Ségolène Gautier
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Ségolène à Auroville

 
 

Le dimanche 18 décembre 2005

Après enquête, les bêtes sauvages qui hurlaient hier soir, c'étaient des chacals. Donc je peux dire sans trop hésiter que je vais fermer les volets tous les soirs avant de me coucher.

Il a plu toute la nuit. Il pleut encore beaucoup ce matin. Tout le monde n'arrête pas de dire que la mousson est finie, que ce n'est pas normal, que ça devrait s'arrêter bientôt. Moi, ça ne me dérange pas tellement. C'est vrai que ça rend les routes plus difficiles à pratiquer, mais au moins, on n'avale pas de la poussière quand on roule.

 
Afin d'illuminer la journée, je décide de mettre un petit top super mignon, qui s'attache dans le dos par deux toutes petites ficelles. C'est charmant, et j'ai beaucoup de succès quand je le porte à Montréal. Arrivée dans la salle à manger, on me fait gentiment comprendre que c'est un tout petit peu trop osé pour l'Inde. Ici, on a le droit de montrer un bout de son ventre, mais il faut cacher ses épaules, son dos, son décolleté, et ses jambes. On se calme ! Pour le dos, je veux bien faire un effort, mais les épaules, pas question !  
 

Petite pensée éthique

J'ai beaucoup parlé de négociations, ces derniers jours. Je voudrais tout me même mettre certaines choses au point, suite à une situation fort désagréable dont j'ai été témoin. Un gros Français d'une cinquantaine d'années (le genre qui se bourre la gueule au bal du 14 juillet et qui emmerde toutes les filles pour qu'elles dansent avec lui...) a fait toute une histoire parce qu'il ne voulait pas payer la location de ses bicyclettes. J'ai dû traduire la conversation car le manager parle très bien l'anglais mais a un peu de difficulté en français. Cet espèce d'homme de cro-magnon disait que le matériel ne lui convenait pas, ce à quoi je lui ai répondu qu'il avait le droit de se plaindre, mais pas à la fin de son séjour. Quand on n'est pas content d'un service, c'est tout de suite qu'il faut le dire. Finalement, il a tellement insisté qu'il a réussi à ne payer qu'une bicyclette pour trois jours, au lieu de deux pour cinq jours. Il est content, il a fait une affaire. Petit détail : la location s'élève à 25 roupies (0,5 US$) par jour. Pour un Européen, ce n'est rien. Pour un Indien qui tente de faire fonctionner son commerce, c'est une certaine somme.

Je pense que la négociation est une activité optionnelle et qu'elle devrait rester un jeu. En aucun cas elle ne doit servir à saigner à blanc les habitants des endroits que l'on va visiter. En d'autres termes, quand on s'est entendu sur un prix, on ne renégocie pas après. Et pendant la négo, on ne doit jamais descendre en dessous de 50% du prix demandé (pour ma part, je reste dans la fourchette 60%-70%, et je ne marchande jamais la nourriture). Voilà, c'est tout, vous en faites ce que vous voulez.

 

Pour finir sur une note un peu plus gaie, voici des photos du marché de Pondy situé sur Nehru Street. C'est immense et on y trouve vraiment de tout. C'était assez particulier, car quand les vendeurs ont vu que j'avais un appareil numérique, ils voulaient tous que je les prenne en photo et que je leur montre ensuite de quoi ils avaient l'air.
 
Pour me souhaiter la bienvenue dans ma nouvelles maison, je me suis achetée une magnifique guirlande de fleurs fraiches, que j'ai accrochée sur la porte qui conduit à la salle de bains que je partage avec ma voisine Allemande. Maintenant, il y a des pétales de roses partout dans ma chambre, mais l'odeur est hallucinante.
 

 

Le lundi 19 décembre 2005

Bon anniversaire Servane !

Aujourd'hui, on entre dans le vif du sujet. L'une des raisons pour lesquelles je suis ici, c'est pour prendre des cours d'ayurveda, la médecine traditionnelle indienne. Je me rends donc à Quiet, où se donnera la formation pendant toute la semaine.

 
  Quiet est un centre de thérapies alternatives situé dans un endroit paradisiaque. On peut y suivre des cours ou se faire soigner. Il y a aussi possibilité de loger sur place (dans la fourchette supérieure des prix pratiqués à Auroville). Tout est si paisible, beau, pur. Les vibrations sont élevées et nous mettent tout de suite dans l'ambiance du travail que nous allons faire.
 

Nous sommes cinq élèves, je suis la seule femme, ça ne me dérange pas :-) Le cours s'appelle Polarity Therapy and Wellness Being, et ils veulent tous faire les exercices avec moi parce que pour un cours de polarité, c'est quand même mieux d'avoir un homme et une femme. Rien de sexuel là-dedans, il s'agit juste d'un échange d'énergie. Quoi que j'ai récemment eu des échanges d'énergie avec quelqu'un de très spécial, pendant que j'attendais un bus, et je ne peux pas vraiment dire que ce n'était pas sexuel... Mais bon, revenons à nos moutons.

Nous pratiquons donc des exercices qui sont un mélange de massage, d'effleurements, de danse, de respiration, d'écoute. Nous explorons les cinq éléments, soit feu, terre, air, eau, éther. À chacun correspond une façon particulière de toucher l'autre. L'idée, c'est de rétablir les déséquilibres.


C'est un peu déroutant au début. Dans ma pratique du reiki, je ne traite que mes amis proches. Je n'ai pas l'habitude de rentrer dans l'énergie de quelqu'un que je ne connais pas. Et là, même pas une heure après s'être rencontrés, il faut s'ouvrir et se lancer. C'est un peu bizarre, mais mon premier collaborateur est cool, donc ce n'est pas trop stressant. Je sortirais du cours un peu assommée, comme après une méditation profonde.

 
Les profs avaient une réunion imprévue, donc nous n'avons pas cours cet après-midi. J'en profite pour retourner à Pondichéry. Je pense que je suis en train de devenir accro. Je passe un petit moment à regarder l'océan, puis j'explore le quartier français, qui se trouve proche du bord de mer. Je trouve une librairie, juste à côté de l'Alliance Française (sur la rue Suffren), où j'achète Paris Match. C'est idiot, mais dans un pays étranger, lire dans sa langue natale devient un petit luxe agréable.
 
 
À propos de luxe, il faut que je vous expose ma théorie. Je suis capable de voyager dans des conditions de grande frugalité (pas d'eau chaude, des chacals à ma porte, des Français cons qui négocient pour 50 centimes...). Mais une fois par semaine, j'ai besoin de mon "luxury item" (si vous avez suivi Survivor à la télé, vous savez de quoi je parle). Un luxury item peut être cher, mais ce n'est pas obligatoire. C'est un plaisir complètement hors contexte qui fait encore plus plaisir que si on nageait dans le luxe pendant toutes les vacances. Et aujourd'hui, j'ai décidé que c'était le jour pour me gâter un peu.
 
 

Je finis par tomber par hasard sur l'hôtel Le Dupleix. Les parties communes ressemblent aux hôtels W, tandis que les chambres sont décorées de façon traditionnelle indienne. Un lit-balançoire paresseusement disposé dans l'un des couloirs donne une idée du faste des lieux.

Mais aujourd'hui, ce ne sont pas les chambres, qui m'intéressent. Direction le bar de l'hôtel, très design, où m'attend la meilleure mousse au chocolat que j'ai mangé au cours des six derniers mois. Et si mon prochain repas n'était pas deux heures plus tard, j'en aurais bien pris une deuxième...

 

Le mardi 20 décembre 2005

Je vais maintenant répondre à la question que vous vous posez tous : y a t'il ou non du papier toilette en Inde ? La réponse est oui et non. Oui : dans les endroits chics, on va en trouver avec de vraies toilettes (et pas des chiottes à la turque, comme dans la plupart des endroits publics). Et non : ce n'est pas dans leurs habitudes, donc si vous allez chez un particulier, vous risquez d'être surpris (déçu, horrifié). Un ami qui travaille dans le papier m'a récemment dit que si tous les Indiens (ou étaient-ce les Chinois ?...) se mettaient à en consommer, il n'y aurait bientôt plus d'arbres sur la terre.

Mais alors, comment font-ils ? Il y a toujours un robinet et un petit contenant qui sert à s'asperger. Donc ils se lavent. De la main gauche. Parce que la droite, c'est pour manger. Si vous êtes invités à partager un repas chez quelqu'un, servez-vous toujours de la main droite pour piocher dans un plat, car dans certaines parties du monde, ils devront jeter la nourriture si ils vous voient y toucher avec la main de la toilette intime.

A Auroville, le papier n'est pas fourni dans les parties communes, mais on en trouve au magasin général Pour Tous.

 

 

   
 

toilettes normales
 

toilettes chics
 
 
Dans un autre ordre d'idées, j'ai fait pleurer un garçon, aujourd'hui, dans mon cours de polarité. Il fallait donner un massage en utilisant l'élément EAU (mais non, on ne lui jette pas un seau sur la tête ! L'eau fait référence aux mouvements utilisés). À la fin, quand il a rouvert les yeux, il était plein de larmes. Je lui ai demandé si ça allait et il m'a répondu oui avec un grand sourire. Avis à mes amis : je vous fais pleurer de joie quand vous voulez !
 
   
 
Copyright Segolene Gautier 2005